qu'est-ce que c'est ?

think-string
#2

 

.."je n'ai pas le temps !" ..
.> Mathias Clivaz, le 21.10.2009.


Tout le problème est là...

Qu'est-ce que nous faisons, lorsque nous disons :"je n'ai pas le temps" ?

Est-ce que d'autres choix, préalables, réellement ne nous laissent pas le temps nécessaire à une nouvelle activité ?
Est-ce une excuse, pour faire passer le fait qu'on ne veut pas de cette nouvelle activité ? Une politesse ?

Mais aussi : qu'est-ce que "le temps" dans cette phrase ? S'agit-il de la durée, entre 14h et 14h30 par exemple ?
Ou est-ce un temps qui exprime une volonté ? Et alors peut-on questionner ce lien entre volonté et temps ?

Questions liminales, je n'en dis pas plus. Pour le premier think-string j'avais développé plus avant,
cette fois-ci, la thématique est en jachère, à vous de voir ce que vous pouvez en faire dans le temps qui vous est imparti.

Nous verrons bien si, vous, vous l'avez !




Sous réserve de modifications ultérieurs,
ce fil de pensée sera "courant" pendant un mois, soit jusqu'au mercredi 18 novembre 2009. Envoyez vos contributions, remarques, fantaisies, histoires ou dessins, en réponse à ce mail à l'adresse reseau.noetique[at]gmail.com. Vos envois seront intégrés au fur et à mesure sur une page web à l'adresse http://noetique.skafka.net. Si vous souhaitez garder l'anonymat, prière de le préciser ou de mentionner un pseudo.

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..réponses du réseau...


> Mathias, 21.10.2009

Je renvoie pour ouvrir les feux à une émission radiophonique disponnible sur le site de France Culture, traitant de la théorie des jeux et de l'équilibre de Nash.

 

 

> Magda, 21.10.2009

Quand je dis que je n'ai pas le temps c'est soit qu'effectivement, en ce moment même, je n'ai pas le temps pour faire quelque chose parce que je fais autre chose, soit que je ne suis pas en harmonie avec moi, avec l'univers, avec les deux ? Pour moi le temps est une illusion et quand je suis en harmonie, j'ai le temps exact qu'il me faut pour ce que j'ai à faire. Mais c'est rare ! Je crois aussi pas mal à l'idée que tout vient à temps à qui sait attendre, mais la patience n'est pas mon fort... En tous cas, j'ai souvent constaté que quand je ne fais qu'une seule chose à la fois et que je suis vraiment concentrée sur ce que je fais, le temps s'allonge jusqu'à ce que mon activité soit terminée. Si par contre je fais quelque chose et qu'en même temps je me dis que je devrais faire autre chose, alors plus rien ne va et le temps me file entre les doigts. Ca arrive la plupart du temps quand je n'ai pas envie de faire ce que j'ai à faire. Conclusion, le temps est très lié à notre motivation interne. Il est notre ami quand nous sommes en harmonie avec ce qu'on fait et notre ennemi quand cette harmonie n'est pas là...

 

 

> Geneviève, 26.10.2009

Ne pas avoir le temps est une excuse socialement acceptable quand on n'a pas de temps, qu'on ne veut pas en consacrer à l'activité qui nous est proposée que l'on n'a pas envie d'expliciter pourquoi l'on veut se garder du temps pour soi ou encore que l'on ne veut pas remplir notre temps libre à ras bord. Ce qui est pratique quand une excuse est socialement acceptée, c'est qu'elle ne nécessite aucun développement, aucune argumentation et que l'interlocuteur ne cherche généralement pas à en expliciter la raison. Il en est de même quand on explique son absence au travail par la maladie qui peut cacher un ras le bol ou par exemple un congé qu'on s'accorde pour se faire plaisir.
Se réfugier derrière le temps qui manque est une protection contre les multiples sollicitations qui sont constantes dans notre société: le réseau internet, les médias, le mail nous amène chaque jour son lot. Certaines ne nous intéressent pas et il est facile de les éliminer, d'autres nous intéressent, mais sont mises en attente, en attente de quoi... en attente de voir si le temps disponible sera suffisant pour éviter un embouteillage ou un investissement personnel (déplacement, engagement,...) qui t'oblige à garder sans cesse ton esprit en alerte et sur un rail prédéfini par toi, mais aussi par d'autres.
En effet, ne pas avoir le temps recouvre bien d'autres raisons que celles du manque de temps à proprement parler, elle fonctionne comme un étendard qui permet d'échapper au regard d'autrui et parfois aussi de se tromper un peu soi-même.

 

 


> Mathias, 05.11.2009

Au chômage depuis trois mois maintenant, la question se pose pour moi de manière assez évidente. Le chômeur aurait plus de temps qu’une personne active : plus de temps « libre ». N’avons-nous pas tous en effet le même temps, une journée de 24h, des semaines de 7 jours, des mois de 4 semaines ? Et dans ce temps neutre viennent jouer les rythmes de chacun, entraînés par le milieu social où chacun vit et agit. Pourtant je crois que le temps est aussi plus que cela : comment autrement expliquer que nous menons pour lui les plus invraisemblables batailles ?

Le chômeur n’a pas plus de temps, parfois même il a le sentiment d’en manquer plus qu’un autre, parce qu’il le voit filer. Légèrement en marge de la société active, négociant son retour dans cette société, il voit le flux des travailleurs matins, midis et soirs, il connaît par cœur ces rythmes ouvriers, quoiqu’il ne les pratique pas directement. Il passe ses journées à lire, à éplucher les journaux, les annonces sur internet, à se poser des questions quant à ce qu’il pourrait faire de son temps, maintenant et pour le futur. Et lui vient soudain cet étrange pressentiment à propos du pourquoi.

Pour gagner du temps, pour avoir du temps. Chaque activité nous fait gagner du temps, et chaque activité est une dépense de temps. Cette dépense n’est pas une perte : perdre son temps c’est avoir une activité qui est à l’inverse de gagner de temps, non seulement parce qu’elle ne rencontre pas nos modalités psychologiques de gain temporel, mais en plus parce qu’elle aurait tendance à nous mettre au désespoir. Par contre, si je fais quelque chose que j’estime valable, je gagne du temps intense, en même temps que le temps de l’horloge s’écoule, toujours à la même vitesse. Et c’est même un indicateur : lorsque le temps intense est plus léger dans le sablier que les grains du temps mécanique, c’est alors que je perçois la valeur (pour moi et dans des circonstances données) de l’activité que j’accomplis.

Remarquant cela, je vais chercher au cours de ma vie à me tourner davantage vers des activités où la balance temporelle tourne en faveur de l’intensité. J’aurais le sentiment de bien employer mes journées, de gagner du temps sur le temps, non seulement pour moi mais aussi pour les autres, et plus loin, j’aurais le sentiment de gagner du temps sur la mort, parce que s’il n’y avait rien de plus mortifère que le sentiment de perdre son temps, la simple succession mécanique des secondes sur le cadran de l’horloge nous devient tôt ou tard tout aussi insupportable.

La question mérite pourtant d’être posée : qu’est-ce que cela donnerait, si l’on s’arrêtait ? On regarderait autour de nous, comme on laisse parfois son regard s’évanouir sur la crête des vagues et se perdre à l’horizon… On comprendrait qu’il y a là l’éternité. Et ceci acquis, nous repartirions. Nous retournerions à la société, nous verrions d’autres gens faire d’autres choses, nous devrions travailler pour gagner au moins de quoi manger, à la suite de quoi on chercherait le moyen de gagner de l’argent tout en gagnant du temps, à moins que gagner de l’argent devienne le seul moyen de gagner du temps. Chaque individu règle son interface temporelle avec ses quelques préférences, triées sur le volet des hasards de sa vie : ses amis, ses hobbies, son travail, ses moyens de communication, ses émissions télé, ses bouquins, ses animaux domestiques, ses sites de réseautage social, ses chansons, ses rythmes, ses opinions politiques, etc. etc. Là je gagne du temps, là j’en perds, là c’est un peu le degré 0, mais on ne sait jamais, ça peut être bien, essayons, ou pas, etc.

« Je n’ai pas le temps » exprimerait ce rapport entre temps intense, temps neutre et temps mort. Par un effort de la volonté, qui va rarement sans un effort de réinterprétation du réel, on peut changer un temps mort en temps neutre ou intense, et vice versa par mauvaise humeur ou dérapage. « Je n’ai pas le temps » signifierait donc toujours qu’une option intense ou neutre se propose qui évite à l’individu de remodeler son interprétation du monde en l’accompagnant d’un mouvement de sa volonté. Et cela se fait soit par paresse et facilité, soit par un choix déjà défini, et qui comporte dès lors une inertie, quant à ce qui est valable et ce qui ne l’est pas.

Les individus qui oublient systématiquement d’aller faire les courses, de payer leur facture, d’aller à un rendez-vous, etc. révèlent ce qu’est la société humaine bien davantage que ceux qui parviennent toujours à trouver le temps pour cela (un temps neutre le plus souvent). Ils révèlent que la société humaine est basée sur l’effort de la volonté. Cette bonne volonté qu’on attend aussi du chômeur, devant chercher, à défaut de trouver. Car la société humaine dans son entier se rêve immortelle, rêve d’avoir du temps devant elle, et exige dès lors des individus qu’ils lui fassent gagner du temps, ou qu’au moins ils ne lui en fassent pas perdre. Les individus étant éminemment poreux aux représentations sociales de la valeur, une petite police temporelle vit en chacun, qui attaque par reproches et mauvaise conscience. Les individus ont tendance à intégrer les représentations de la valeur véhiculées socialement, comme ils ont tendance à reconduire la pseudo-nécessité de gagner du temps ; si bien qu’ils s’en font eux-mêmes les promoteurs, et parfois aveugles, sans même ce soupçon de distance qui permet de transiger sur des différences d’appréciation.

On en vient donc à cette question : qu’est-ce qui a de la valeur ? Qu’est-ce qui me fait vivre le temps comme intense ? J’y ajouterai deux questions, l’une pragmatique : dans quelle mesure a-t-on besoin d’autres individus, de combien et comment, pour que nos propres modalités de temps intense puissent se réaliser ? L’autre psychologique et politique : dans quelle mesure est-il nécessaire que certaines personnes nous donnent le sentiment de nous faire perdre notre temps, afin que notre propre sentiment d’en gagner prenne davantage de relief ?

Question philosophique enfin : qui a du temps pour l’aporie ?

 

 

 

> Patrizia, 06.11.2009

la question du temps que l'on a, de celui que j'ai est une question difficile...
de toute manière, j'ai le sentiment de n'avoir jamais assez de temps pour faire tout ce que j'ai envie de faire
peut-être que mes envies sont trop grandes ? peut-être que d'autres envies renaissent sans cesse dès que l'une d'entre elles est assouvie ?


le temps que j'ai me renvoie aux choix que j'ai fait: et j'ai d'abord du temps pour ces choix là, parfois avec plaisir,
mais pas toujours, simplement parce que je suis ainsi faite que j'assume ces choix

un travail que j'aime, amis qui me "bouffe" certains jours ;
une course qui commence à 6h30 le matin et se termine à 18h30

un homme qui partage ma vie, des enfants,

d'autres liens, importants, essentiels pour moi, des amitiés à cultiver par du temps passé ensemble

du temps pour moi, et le temps pour moi c'est faire du vélo, marcher, bouquiner, plein de petites choses ainsi

le temps que j'ai dépend aussi de mes limites physiques, l'âge, qui me trouve le soir fatiguée de toute cette attention portée à tous ceux que j'ai croisé durant ma journée


en fait, je dirai que le temps que j'ai pour une nouvelle activité dépendra de mon désir d'entrer dans cette nouvelle activité
parce que dans un espace-temps déjà très occupé par ce qui est essentiel pour moi, je dois faire un choix :
par exemple, ce soir j'ai choisi d'écrire ces quelques phrases et mon moment de lecture en sera raccourci, voire inexistant


la sollicitation du réseau noétique est intéressante en soi,
suffisamment ce soir pour que je la "cale" dans le temps que j'ai, ce que je ne ferai pas toujours

tout en me ddisant, cependant, que répondre à une sollicitation qui interfère dans mon quotidien m'ouvre à autre chose

et pourtant, je ne me laisse pas toujours emmener dans cet autre chose

manque de temps n'équivaut-il pas aussi, parfois, à paresse, fatigue, lassitude ?

 

 

 

> Gabriel, 06.11.2009

Pour mettre un peu de couleur dans le string 2 :-)

 

 

 
 

 

réseau noétique

participez !
reseau.noetique[at]gmail.com

 

 


qu'est-ce que c'est ?

 

L'idée selon laquelle "on ne pense jamais seul" devait être mise à l'essai, d'une manière qui ne dépende plus seulement du caractère "hasardeux" des rencontres, mais portée cette fois-ci de façon explicite jusque dans vos boîtes aux lettres. Je lance donc aujourd'hui l'avant-premier fil de ce qu'on pourrait appeler un "réseau noétique" : une collectivité de pensées œuvrant sur des clés-thématiques communes. D'une manière approchant ce qui se fait en informatique, où chacun peut mettre un peu de la mémoire vive de son ordinateur personnel à la disposition d'un projet nécessitant une vaste capacité de calcul, il s'agit de synchroniser ici des foyers de pensée humaine au bénéfice d'un projet nécessitant une plus forte tension constituante. Puisqu'en effet la pensée humaine n'a rien d'une pure calculatrice, mais se mêle d'affects et de vibrations colorées et diverses, et qu'en chacun se décide, par l'interprétation qu'il produit du monde où il vit, la tension dans laquelle cette interprétation rencontre les autres, constituant ce "monde commun" où nous vivons.

De là qu'un tel réseau s'adresse aussi bien aux philosophes qu'aux non-philosophes, aux assistants sociaux, danseurs ou maîtres d'école, aux ingénieurs, biologistes, coiffeurs, ouvriers, marchands de tabac, directeurs d'entreprise, peintres en bâtiment ou en toile, acteurs de la scène et du quotidien, etc. L'intérêt, comme le disait Descartes, étant précisément que nous conduisons "nos pensées par diverses voies".

Mode d'emploi : 1) en tant que récepteur, si vous recevez un mail vous proposant de réfléchir à tel ou tel sujet, il vous appartient de laisser cette ligne de pensée vagabonder dans votre tête, votre corps, votre voix, autour de vous, de récolter, et de rédiger enfin -- de manière sommaire, style libre -- un compte-rendu de votre expérience de pensée, que vous enverrez à l'adresse mail : reseau.noetique[at]gmail.com (si possible sur le mode "réponse" au mail que vous avez reçu), ou bien que vous pourrez poster sous la forme d'un commentaire si l'adresse d'un blog est indiquée par l'émetteur ;  2) en tant qu'émetteur,  j'ai organisé la chose comme suit, par souci de sécurité et de performance du système : envoyez-moi un mail avec votre requête à l'adresse : mathias.clivaz[at]gmail.com, et je me chargerai de la diffuser. Je m'occuperai de reproduire chaque réponse reçue sur une page web à l'adresse http://noetique.skafka.net.

Si vous recevez ce mail, vous êtes dans le réseau. Si vous souhaitez sortir du réseau, il suffit de renvoyer le mail reçu à l'expéditeur en mettant "sortir" comme sujet, et votre adresse sera retirée de la liste de diffusion. Si vous souhaitez (faire) entrer (quelqu'un) dans le réseau, il suffit d'envoyer un mail à l'adresse reseau.noetique[at]gmail.com, en mentionnant "inscription" dans l'objet et la ou les adresse(s) mail dans le corps.

> Mathias Clivaz, 15.09.2009.

 

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